Interview sur Actu Jeunes

Publié le par Yoann Gontier

Chaque mois, Actujeunes.fr donne la parole à des politiques ou à des associatifs. Contacté par le webmaster, j’ai répondu à quelques questions qui sont en ligne ici 

Monsieur Yoann Gontier, bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Vous êtes porte parole et délégué national à la Jeunesse de Génération Ecologie un parti écologiste.

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots l’histoire ce parti ?

Génération Ecologie a été crée officiellement en 1991 par des écologistes historiques parmi lesquels Brice Lalonde, alors ministre de l’Environnement, Haroun Tazieff, Jean Louis Borloo, Noël Mamère ou encore Yves Pietrasanta.

La Charte de Génération Ecologie, qui est son acte fondateur, a donné son caractère au mouvement. Ses valeurs de base sont la compétence, le réalisme, les propositions concrètes, la volonté d’aboutir, le volontariat et l’ouverture au dialogue avec les autres partis politiques (le principe de double appartenance est toléré).

Dans les années 90, Génération Ecologie a été un formidable creuset pour les écologistes et nombre d’entre eux, de Patrice Hernu à Lionel Stoleru en passant par Corinne Lepage, y ont fait leurs classes.

Depuis 2002, Génération Ecologie est présidé par France Gamerre qui est également adjointe à la mairie de Marseille en charge des affaires maritimes et membre du Conseil national du littoral. En 2005, la 7ème Convention nationale l’a reconduite dans ses fonctions.

Il existe actuellement en France une bonne dizaine de partis écologistes, certains de droite d’autre de gauche, du centre, etc… que portez-vous de plus que les autres car il faut le reconnaître il y a de quoi s’y perdre.

Tout d’abord, je persiste à considérer que tant que le Développement Durable ne constituera pas le prisme du projet des partis de gouvernement, les partis écologistes garderont leur utilité. C’est en quelque sorte le fondement de mon engagement au sein de Génération Ecologie.

Je regrette cet éclatement de l’Ecologie politique en une multitude de chapelles. A plus d’une reprise, Génération Ecologie a lancé des appels au rassemblement sur des bases nouvelles. Le dernier exemple date des élections législatives pour lesquelles nous avions souhaité engagé un Epinay de l’Ecologie politique avec l’ensemble des forces se réclamant de l’écologie et du développement durable. Les Verts et Cap21 ont décliné l’invitation avant même d’engager les discussions. Au final, nous avons abouti à un accord avec le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, le Mouvement Hommes Animaux Nature (MHAN) et le Trèfle.

Je crois qu’aucun d’entre nous n’a la capacité d’imposer son hégémonie aux autres ; ce n’est qu’ensemble que nous réussirons à faire progresser l’Ecologie politique. Malheureusement, cette quête de rassemblement ressemble plus à un parcours du combattant qu’à un long fleuve tranquille. On est un peu dans le schéma un pas en avant, trois pas en arrière car certains jouent « perso » à tel point que l’on arrive à se demander quelle est leur véritable motivation, sans pour autant avoir à chercher très longtemps la réponse…

Les Verts ont choisi de faire alliance coûte que coûte avec la gauche ; c’est leur choix. Cela tient essentiellement au lot de sièges parlementaires et ministériels que leur a procuré leur accord avec le Parti socialiste. A Génération Ecologie, nous considérons que l’écologie dépasse le clivage droite/ gauche qui est obsolète au regard des problématiques nouvelles qui émergent : le réchauffement climatique, pour ne prendre que cet exemple, n’a pas de couleur politique.

La plus value de Génération Ecologie c’est son pragmatisme. Alors que certains écologistes, au premier rang desquels les Verts, sont restés dans une logique de contestation, il est temps pour Génération Ecologie d’entrer dans le temps de la construction. Nous ne sommes pas braqués sur l’idéologie ou sur je ne sais quel dogme. En substance, nous sommes partisans de ce que l’on pourrait appeler une « real ecology ».

Personnellement, je pense qu’au 21ème siècle, aucun projet politique ne peut faire l’économie des questions environnementales. Mais dans le même temps je considère également qu’aucun projet politique ne peut être exclusivement fondé sur ces questions. Encore une fois, il faut être pragmatique. C’est pourquoi à Génération Ecologie, nous nous attachons à démontrer en quoi le Développement Durable, qui est la colonne vertébrale de notre programme, est un concept global qui doit prendre en compte l’économie, le social ou encore la santé. Ce n’est que de cette manière que nous rendrons l’Ecologie politique crédible.

Les élections législatives étant passées, quel est votre sentiment ?

La logique de l’inversion du calendrier électoral combinée au quinquennat et au scrutin majoritaire a pleinement joué. Il s’agissait avant tout pour les électeurs de donner une majorité au Président de la République nouvellement élu et de se déterminer en conséquence uniquement en fonction de l’étiquette politique.

La nouvelle logique institutionnelle qui est en train de prendre forme doit nécessairement être contre balancée. L’introduction d’une dose de représentation proportionnelle à hauteur de 50% pour les prochaines échéances apparaît comme le seul remède à même de préserver le pluralisme politique dans notre démocratie. A 23 ans, benjamin des candidats en Haute Normandie et 4ème plus jeune candidat de France, cette élection n’était pas pour moi une fin en soit ni un point d’arrivée mais plutôt un point de départ. J’ai conscience que l’on ne peut pas gravir toutes les marches d’un coup mais cette législative aura été un premier pas.

Pour Génération Ecologie, l’objectif de cette campagne était double : démontrer qu’une nouvelle génération émergeait et faire passer un message fort, crédible et concret sur le Développement Durable. Sur ces deux points, les objectifs ont été atteints.

L’arrivé de Nicolas Hulot à quelques mois des présidentielles a un peu coupé toute crédibilité aux fameux « Verts », quel est votre avis sur son pacte écologique que quasiment la totalité des candidats ont signé ?

La démarche initiale de Nicolas Hulot m’a paru être la bonne car il mettait sa notoriété au profit de l’Ecologie politique et du Développement Durable. Là où il a commis une erreur c’est de permettre à l’ensemble des candidats à l’Elysée de signer son Pacte sans distinguer entre ceux qui plaçaient le Développement Durable au cœur de leur projet et les autres. C’est ainsi que le 31 janvier dernier, dix candidats déclarés à l’élection présidentielle se sont rués Quai Branly pour signer en grande pompe le Pacte écologique de Nicolas Hulot devant un parterre d’ONG et de caméras, comme pour remercier l’animateur de télévision d’avoir suspendu son « ingérence politique ».

Cette grande messe a donné l’illusion que l’ensemble des candidats étaient décidés à faire des enjeux climatiques et écologiques des questions majeurs. Mais signer un pacte, surtout en période électorale, ce n’est pas tout. Au final, la signature de ce Pacte aura été une façon de se dédouaner de l’Ecologie, « la B.A. » de la campagne en quelque sorte. Aucun n’a pris la mesure de l’urgence écologique, aucun n’a fait du Développement durable le prisme de son projet.

Le sort réservé au Pacte écologique législatif vient à l’appui de mon analyse. Ce nouveau contrat n’a été signé que par 10% des candidats aux élections législatives. Et pourtant l’enjeu restait le même : il s’agissait de mettre en cohérence l’exécutif et le législatif sur ces questions. Dans ma circonscription, la 1ère de l’Eure, je suis resté pendant 3 semaines le seul candidat à mettre engagé sur ce pacte. Les candidats UMP, PS, MoDem, Verts et autres ont oublié la signature de leurs leaders respectifs.

L’écologie ne peut pas relever d’un simple constat du mauvais état de notre planète, ni d’une médiatisation très éphémère de cette prise de conscience. Au contraire, l’écologie relève d’un réel engagement politique et d’une dimension économique et politique affirmée et surtout continue !

Sur le fond, le Pacte de Nicolas Hulot ne pose que des objectifs à minima. Avec ses 180 propositions articulées autour de 7 urgences, le programme de Génération Ecologie va plus loin, mais c’est sans retenue que France Gamerre et la quasi-totalité des candidats de Génération Ecologie l’ont signé car il pose les bases fondamentales pour mettre en œuvre une véritable politique de développement durable.

Quel est votre avis sur la politique énergétique de la France actuelle ?

La politique énergétique est la première urgence car l’énergie est le pivot de notre société. Qu’on le veuille ou non, on est entré dans l’ère de l’après pétrole. Le point de rupture concernant les énergies fossiles est définitivement atteint. Mais il nous faut être réaliste, le sevrage d’un monde accro au pétrole ne se fera ni du jour au lendemain ni au moyen d’une seule énergie. Pour répondre à ce défi, Génération Ecologie propose de développer un bouquet d’énergies, créateur de 400 000 emplois dans le domaine des énergies renouvelables.

Ce bouquet énergétique sera bien sûr fondé sur la promotion de nouvelles formes d’énergies propres et renouvelables au moyen :

 

-          d’une décentralisation de la production d’énergie,

 

-          d’un soutien à la recherche à hauteur de 3% du PIB,

 

-          d’incitations financières et d’un allègement des procédures administratives pour les particuliers qui souhaitent s’équiper en éoliennes ou en panneaux solaires.

 

Pour autant le nucléaire, à travers le projet ITER, ne doit pas être exclu des pistes de réflexion. Génération Ecologie demande la sortie des modèles de production nucléaires actuels. Mais dans le même temps, nous plaidons en faveur de la poursuite et du développement de la recherche dans le domaine de l’énergie nucléaire et plus particulièrement le projet ITER afin d’absorber l’augmentation constante de la demande énergétique.

Dans cette recherche d’eco-efficience, l’Etat doit être exemplaire. C’est pourquoi Génération Ecologie demande que tous les projets de construction ou de rénovation d’équipements publics répondent à la norme HQE (Haute Qualité Environnementale).

Quel est votre avis sur les OGM ? sur José Bové ?

La santé, et plus particulièrement le lien entre santé et environnement, est l’un des axes forts du programme de Génération Ecologie.

La santé c’est notamment l’alimentation. C’est pourquoi Génération Ecologie s’est très clairement prononcé pour un moratoire sur les OGM en plein champ et pour une réduction de l’utilisation massive des pesticides en plein champ qui font courir un risque aux consommateurs mais également aux agriculteurs qui y ont recours. Si nous sommes fermement opposé aux cultures génétiquement modifiées en plein champ c’est parce que celles-ci représentent un risque de contamination aérienne au moment de la floraison et un danger potentiel pour les cultures non OGM des environs.

Actuellement, c’est l’opacité qui prime dans ce dossier. Tant que tous les doutes pour l’environnement et pour la santé publique ne seront pas levés, les cultures en plein champ d’OGM doivent être soumises à un moratoire total. Dans cette optique, nous souhaitons que les données des études environnementales et sanitaires sur les OGM soient rendues publiques et que l’évaluation des risques soit mieux assurée par la mise à disposition de moyens conséquents au profit de la commission du Génie Biomoléculaire lui permettant de mener des contre expertises indépendantes.

En ce qui concerne José Bové, si certains de ses combats sont proches de l’écologie, son discours et son parcours ne sont pas ceux d’un écologiste comme l’atteste son positionnement politique au cours de la campagne présidentielle. Pour lui l’écologie est un crédo de son combat antilibéral. Ce n’est pas notre conception de l’Ecologie politique.

Enfin pour finir, s’il y avait une mesure phare à sortir de votre programme et à donner au gouvernement, ce serait laquelle ?

On ne peut plus se contenter de simples déclarations de bonnes intentions et de beaux discours. Le Grenelle de l’environnement évoqué pour l’automne ne doit pas se résumer à une énième conférence sur l’environnement. Les connaissances scientifiques existent. Il faut avoir le courage politique de les mettre en œuvre. Il est urgent d’agir !

Génération Ecologie attend du nouveau gouvernement qu’il passe du discours aux actes. Ce n’est pas parce que le nouveau Président de la République a souhaité un super ministère de l’Ecologie que la place du Développement Durable est acquise dans la France des prochaines années. L’interdiction des essais OGM en plein champ serait par exemple une décision forte.

Mais comme je l’ai déjà dit le Développement Durable, qui est la ligne directrice du projet politique de Génération Ecologie, est un concept global qui a des implications économiques, sociales, sanitaires… Il est donc difficile de ne retenir qu’une seule mesure.

Aux yeux de beaucoup d’observateurs, le réchauffement climatique constitue la première urgence. Il est indiscutable qu’il nous faut nous mobiliser, à l’échelle nationale, européenne et mondiale, pour lutter contre ce défi majeur. Mais la lutte contre le réchauffement climatique ne doit pas faire figure d’arbre qui cache la forêt. Nous ne ferons pas l’économie d’un débat sur la politique énergétique de la France de demain, sur l’agriculture, sur l’alimentation mais également sur nos institutions.

Monsieur Gontier merci d’avoir répondu à nos questions, bon courage pour la suite de votre aventure.

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Y
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J
Bonjour, autant le dire tout de suite : je soutiens le projet des verts.<br /> Il y a une petite contradiction qui me chiffonne. Vous dites :" Tout d’abord, je persiste à considérer que tant que le Développement Durable ne constituera pas le prisme du projet des partis de gouvernement, les partis écologistes garderont leur utilité." et d'un autre côté, vous contestez aux Verts ou à Bové la légitimité d'avoir, en plus de fortes convictions écologistes (pour les Verts, c'est le moins qu'on puisse dire !), des propositions sociales, économiques etc. qui les conduit à favoriser des alliances avec la gauche. Il faudrait savoir !! N'est il pas au contraire très intéressant de constater qu'il existe un parti généraliste qui a mis le développement durable au coeur de son projet ?? Que vous ne partagiez pas l'ensemble du projet des Verts est un chose ; mais que vous leur reprochiez de ne pas s'occuper que d'écologie en est une autre ! Par ailleurs, l'aspect "contestataire" des Verts est probablement moins pro,oncé que vous le sous-entendez puisqu'ils participent à de très nombreux exécutifs municipaux ou régionaux (ainsi que national entre 97 et 2001).<br /> Pour résumer, il serait bien que GE et les Verts puissent trouver des moyens d'associer leur énergie pour faire progresser des idées écologistes. Mais ne reprochez pas aux Verts d'avoir un champ d'intérêt politique général, alors même que c'est ce que vous demandez aux "partis de gouvernement". <br />
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