Au Havre, le débat public a été un franc succès

Publié le par Yoann Gontier

lemondefr_grd.jpgLe Monde – 09.10.07

Par Hervé Kempf

On attendait un débat compassé entre notables, on a assisté à un feu d'artifice d'idées et d'analyses : la réunion délocalisée du Grenelle de l'environnement, lundi 8 octobre au Havre, a été un succès. Les 700 participants ne cachaient pas leur satisfaction, après plus de deux heures de prise de parole ponctuées d'applaudissements, dans la grande salle de spectacle Docks Océans. Le matin, six ateliers avaient réuni près de 200 intervenants, dont le travail a été restitué le soir devant un public composé de responsables associatifs, d'élus, de chefs d'entreprise, mais aussi de curieux ou d'étudiants.


Les organisateurs avaient eu la bonne idée de limiter les discours, ce qui a permis de donner la parole à plus de soixante intervenants. Si les sujets de préoccupation régionale ont été évoqués (dragages dans l'estuaire de la Seine, projets de centrales à charbon au Havre, contournement autoroutier de Rouen), les orateurs normands ont généralement élargi leurs propos.

Les propositions ont fusé : utilisation de la technique du bois fragmenté en agriculture, droit d'alerte des salariés sur les pollutions commises par leurs entreprises, généralisation des analyses coût-efficacité, moratoire sur l'énergie nucléaire, recherche sur les hydroliennes, mise en place d'axes démotorisés traversant les villes, etc.

"BAVARDAGE DURABLE"

Des préoccupations absentes du Grenelle ont été soulignées. Michel Jacob, président de la coopérative agricole Nor Agro, a ainsi observé que "les villes consomment beaucoup de terre agricole". "Avant, chaque humain disposait d'un demi-hectare, aujourd'hui c'est seulement 3 000 m2. Comment va-t-on nourrir la planète si on continue à gaspiller la terre ?", a-t-il poursuivi.

Un représentant d'Emmaüs a souligné que "les exclus subissent l'environnement", tandis qu'un responsable associatif renchérissait : " Les intérêts des actionnaires des entreprises ne sont pas les mêmes que ceux des exclus. Il faudrait que les actionnaires prennent conscience qu'il faut éviter de détruire la planète."

Deux étudiantes ont insisté sur les préoccupations des jeunes et l'importance de l'éducation : "Il faut apprendre les gestes à l'école, car il est plus facile d'éduquer les enfants que de faire changer les comportements des adultes."

Les acteurs économiques étaient bien présents, mais plutôt sur la défensive. Pour Marc-Antoine Troletti, président de la Fédération régionale des travaux publics, "ce débat suscite chez nous la crainte que le monde des entreprises soit marginalisé". Ghislain de Boissieu, du Port autonome de Rouen, a affirmé que "l'investissement environnemental des entreprises est très important".

Beaucoup d'écologistes sont cependant restés sur leur réserve. Bernard Lelièvre, représentant d'associations opposées aux centrales à charbon, a averti : "Le Grenelle doit choisir. Soit on sauve la planète, soit la priorité reste au capitalisme sauvage qui est fondamentalement destructeur."

Quant à Patrick Barbosa, de Haute-Normandie Nature Environnement, il a conclu : "Nous voulons des actes. Cela fait quinze ans que l'Etat nous écoute, mais les actes ne suivent pas. Il est temps de passer du bavardage durable à une politique de développement durable."

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